lundi 14 avril 2008

La promesse que Sarkozy ne tiendra pas

Les ministres de la République sont sur le branle-bas de combat pour faire des économies: que ce soit l'éducation ou la santé, des coupes claires sont à prévoir, nous préviennent - nous menacent? - les ministres compétents. Darcos n'est pourtant pas capable d'appliquer la règle de trois, ni de conjuguer au passé antérieur! Après la suppression de plus de 10000 postes de l'éducation nationale, c'est au tour de Bachelot de sortir de son chapeau une mesure ingénieuse: confier aux mutuelles le soin de rembourser les frais de montures optiques. Et immédiatement, ça a fait tilt dans ma tête. Je me revois encore, il y a un an de ça, vissé sur mon siège devant la télévision, à écouter Sarkozy dans l'émission de TF1 "J'ai une question à vous poser". Jugez plutôt, (calez-vous à 17 minutes et 25 secondes):




Voici donc qu'un an plus tard le même Sarkozy, par le truchement d'un de ses ministres, se dédit complètement. Alors qu'il admettait l'importance des soins dentaires et optiques, le voilà qui est prêt à refiler la patate chaude aux mutuelles qui n'en veulent pas vraiment. Au final, le citoyen lambda l'aura dans le baba. Certes ce n'est sûrement pas le premier mensonge, surtout après Gandranges. C'en est un de plus, mais j'insiste pour qu'on le compte au palmarès pinnochiesque de notre Président.

dimanche 6 avril 2008

La France met les pieds dans le bourbier afghan

Qui pensait en 2001, lorsque les États-Unis et ses alliés ont envahi l'Afghanistan et renversé les talibans, que la question ne serait toujours pas réglée 7 ans plus tard ? La disproportion est étourdissante entre la puissance occidentale et ce pays modeste - mais un des rares à avoir résisté aux invasions occidentales (avec le Japon et la Thaïlande) au XIXe siècle. Malgré la supériorité des forces opposées au régime taliban, celles-ci n'ont pu venir à bout totalement de leur ennemi et pire encore, elles n'ont pu faire main basse sur Oussama Ben Laden, alors qu'elles ont été capables de déterrer Saddam Hussein d'un trou à rat.

7 ans après, force est de constater que les objectifs n'ont pas été accomplis: Ben Laden court toujours, l'Afghanistan produit le pavot en masse, si bien que les forces armées occidentales laissent faire, vu la situation, et une grande partie du pays échappe à l'autorité centrale. Comme pour l'Irak, la guerre a été l'occasion d'une aggravation de l'éclatement tribal. Mieux encore: la résistance des talibans offre un spectacle déplorable des armées occidentales qui semblent dépourvues et bien impuissantes contre un ennemi qui se déplace dans les montagnes à mobylette et reste insaisissable.

C'est à ce moment précis, qui devrait être un moment de rétrospection de la part des puissances engagées, que Nicolas Sarkozy, contre l'avis de son opinion, décide d'envoyer un supplément de chair à canon à la frontière afghano-pakistanaise pour faire avancer le schmilblick. Dans le même temps, le Ministre de la Défense britannique vient d'avoir une brillante idée, puisqu'il propose de faire ce qui n'a jamais été fait depuis les attentats du 11 septembre, à savoir discuter avec les talibans ! En voilà une idée bien saugrenue. Voici donc que les occidentaux redécouvrent subitement la diplomatie et la négociation au détriment de l'usage de la force et de l'unilatéralité.

Pour ma part, il me semble que ce que l'on considère, contrairement au cas irakien, comme une guerre légitime, est en fait l'équivalent voire le coup d'essai qui devait préparer à la suite. L'Afghanistan a permis aux Etats-Unis de s'entraîner grandeur nature à envahir un pays, y compris à constituer une alliance et convaincre ses alliés de s'engager à leurs côtés. Car comme pour l'Irak, les justifications avancées ne tiennent pas, des intérêts énergétiques étaient en jeu et surtout le lien avec le 11 septembre n'a pu être établi ailleurs que sur le papier. Comme pour le cas irakien, les moyens mis en oeuvre ne sont pas suffisants, rien n'a été fait pour relancer l'économie et éviter que la drogue ne soit le seul secteur en plein essor; l'exemple de l'Europe à la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec le plan Marshall aurait dû inspirer les stratèges de Washington et de l'OTAN. Au lieu de ça, on a laissé la population livrée à elle-même.

En ce sens, le manque de réalisme des occidentaux tant en Irak qu'en Afghanistan et les conséquences qui en découlent pourraient leur être fatals. Il ne suffira pas de se retirer unilatéralement, ou même de se retirer en concertation avec des pouvoirs politiques minoritaires pour que ces pays retrouvent une stabilité et surtout ne constituent plus des menaces. Le modus operandi choisi tant en Irak qu'en Afghanistan ne laisse pas de doute quant à l'intention réelle sous-jacente à ces deux opérations militaires: non pas une pacification, mais une exploitation de certaines ressources voire d'opportunisme géopolitique.

mercredi 2 avril 2008

La guerre des chiffres en orient

Très récemment, un sondage sur les opinions de la population palestinienne a fait grand bruit parmi les défenseurs inconditionnels d'Israël. D'abord repris par le New-York Times, le sondage a transité par un think-tank sioniste pour finir chez France-Israël. Celui-ci démontre que les palestiniens, qui il y a trois mois espéraient encore que Mahmoud Abbas parviendrait à un accord de paix, sont aujourd'hui découragés. 84% des sondés supportent même l'attentat de l'école juive à Jérusalem-Ouest.

De ce chiffre élevé et choquant, il y a deux lectures possibles. Les fanatiques d'Israël ont choisi, comme souvent, de ne pas faire dans la nuance: pour eux, les Palestiniens ne veulent pas la paix, et si la paix n'a pas encore été trouvée, c'est qu'ils ont tout fait pour l'empêcher. Jamais dans leur analyse ils ne formulent l'hypothèse d'une population à bout, usée, dont les conditions de vie sont excessivement plus mauvaises que celles de leurs voisins israéliens.

Un autre sondage, paru quelques jours avant, donne des résultats autres: 49,4% des sondés y estimeraient que les attentats suicides à l’intérieur d’Israël desservent la cause palestinienne (40,1% sont d’un avis contraire). Mieux encore: 73% des Palestiniens sont en faveur d’une période d’accalmie entre Israël et les Palestiniens. Evidemment, ce dernier sondage n'a pas trouvé son chemin dans les lignes des sites sionistes. Ce qui va à l'encontre de l'idéologie d'un idéologue n'existe pas. C'est la réalité qui doit se plier à leurs présupposés.

Mais si ce n'étaient que les Palestiniens ! Les musulmans sont souvent utilisés comme des épouvantails, en leur prêtant des opinions scandaleuses et inhumaines, justifiant évidemment l'usage contre eux de toute la force nécessaire. Toutefois un livre vient briser cette rengaine:
Who speaks for Islam ? What a billion muslims really think. On y découvre que:


  • Les musulmans n’ont pas une vision monolithique de l’Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de leur politique, pas de leur culture ou de leur religion ;
  • Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s’engager dans le djihad ;
  • Les musulmans, dans la même proportion que les Américains, condamnent les attaques contre les civils comme moralement injustifiables ;
  • Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n’est pas plus religieuse que le reste des musulmans ;
  • Ce que les musulmans admirent le plus dans l’Occident, c’est sa technologie et la démocratie ;
  • Ce que les musulmans condamnent le plus en Occident c’est la « décadence morale » et la rupture avec les valeurs traditionnelles (dans des proportions similaires à celles des... Américains) ;
  • Les femmes musulmanes veulent à la fois des droits égaux et le maintien de la religion dans la société ;
  • Les musulmans pensent que si l’Occident veut améliorer ses relations avec leurs sociétés, il faut qu’il modère ses vues envers les musulmans et respectent l’islam ;
  • La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l’élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la législation.

  • De quoi réfléchir sur cet "autre" qui peuple nos médias mais qui est loin de nous, qui est présent dans nos écrans mais absent dans nos villes, qu'on fait parler sans que nul ne puisse vérifier ni réfuter ces dires. L'autre est le fourre-tout, la projection de toutes nos volontés inavouables. Jusqu'au jour où l'autre devient le même.

    lundi 31 mars 2008

    Redeker, ce grand esprit français

    Si Redeker ne brille pas par ses concepts philosophiques, du moins est-il un exemple pour qui voudrait intégrer le CNRS. Faites une critique radicale de l'islâm, sans nuances, et vous y êtes. Facile, non ? Bien évidemment, cette aura neuve, qui consiste en ces quatre lettres magiques "C-N-R-S", implique un engagement digne de la tradition des intellectuels français depuis l'affaire Dreyfus.
    Et voilà notre bon Robert qui s'exprime sur un sujet ô combien majeur: les propos de Marion Cotillard sur le 11 septembre. Avouons qu'il y avait vraiment péril en la demeure, et qu'un philosophe du calibre de Redeker a le devoir de réagir. Fort heureusement, voilà notre sauveur !
    Avant même d'avoir commencé à lire son petit article, j'en connaissais déjà la fin. Je savais que nous allions passer de la théorie du complot à la négation de la Shoah: c'était un passage obligé, pour un esprit aussi brillant. J'avais raison.
    Mais quel lien y a-t-il entre le fait que Marion Cotillard, comme beaucoup de gens, fasse preuve de méfiance envers les vérités qu'on nous martelle, et le négationnisme ? Accrochez-vous, ça va secouer:

    Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. Pour Dan Brown, c'est l'Eglise qui tient ce rôle. Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l'événement du 11-Septembre, c'est affirmer la culpabilité américano-sioniste.


    Et voilà, le tour est joué ! Admirez le quintuple salto:

    1) La théorie du complot dénonce les manipulateurs.
    2) Pour Dan Brown c'est l'Eglise.
    3) Mais généralement ce sont les juifs.
    4) Nier le caractère terroriste du 11 septembre c'est désigner les juifs comme coupable (on ne sait pas pourquoi, notamment dans le cas de Marion Cotillard).
    5) Donc nier le 11 septembre, c'est culpabiliser les américano-sionistes, donc les juifs. CQFD, alléluia et amen !

    Et voilà ! Avouez que c'est fort, comme un lapin qui sort d'un chapeau. On ne sait pas comment il est arrivé là mais on est bien forcé d'admettre qu'il est là. Si les adeptes de la théorie du complot doutent de tout, Redeker lui ne doute absolument de rien ! Et c'est bien ça son problème: il prétend débusquer chez ceux qui ne croient pas en la version officielle du 11 septembre une forme d'idéologie, tandis que la véritable idéologie se lit dans les lignes de son discours, qui opère un raccourci saisissant.
    Par ailleurs, en tant que philosophe, Redeker inverse l'analyse du problème. La théorie du complot n'est pas un doute systématique, mais l'induction de faits observés et qui sont érigés en axiomes desquels tout peut se déduire. Par exemple: on observe qu'un vendeur de marrons est nain, puis un deuxième, puis un troisième, et on va s'arrêter à cette observation sommaire et s'en servir pour formuler l'axiome suivant: tout vendeur de marrons est nain. Puis on fera le chemin inverse: dès qu'on verra un nain, on dira: "il est nain, donc c'est un vendeur de marrons !"
    Voilà exactement le chemin opéré par les théoriciens du complot. Et l'expérience du mensonge, nous la faisons tout le long de notre vie, pour des broutilles. Il va de soi que pour des intérêts plus importants, le mensonge est d'autant plus justifié.
    Je n'irai pas jusqu'à ôter la mauvaise foi du chemin qui peut mener à douter de certains événements, mais Redeker fait la vierge effarouchée à propos du 11 septembre en oubliant quels mensonges l'administration étasunienne a lancé à la face du monde sans ciller. Combien de fois des gouvernements ont menti à leur peuple ?
    Il me semble que dans la même veine, la défiance envers les hommes politiques se nourrit au même sein que la théorie du complot: on les croit menteurs et manipulateurs, ce qu'ils sont parfois et sans doute plus qu'ils ne paraissent.